Lundi 31 mai 2010
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Quand les beaux jours reviennent, que les rayons du soleil sont tardifs et que me
prend l'envie de terminer la journée en chillant devant ma télé, fenêtre ouverte aux zozios qui gazouillent, voilà le DVD que je mets en fond sonore... Seul documentaire à décorer les rangs de ma
DVDthèque, c'est également le plus précieux d'entre tous. Il y la musique bien sûr (!) , mais il y surtout ces images d'une génération hallucinante mises bout à bout au montage avec une
intelligence extraordinaire, et qui vaudra d'ailleurs à Michael Wadleigh l'Oscar du Best Documentary en 1970....
Ouverture sur des images de champs à perte de vue, survolés d'une lumière dorée, où de jeunes hommes au torse nu et
bronzé galopent à cheval à travers les blés. Un mont Olympe pour filles ? Et non, car on découvre à l'arrière une scène en construction, des poutres en bois blonds qu'on installe, et les dieux
musclés à cheveux longs qu'on croyait grecs ou romains sont en fait techniciens ou charpentiers, travaillant à l'édification de ce qui allait devenir The legend of Woodstock...
Woodstock = festival de musique, mais aussi rassemblement pacifique de la jeunesse américaine. C'est bien connu, on
nous l'a répété à chaque anniversaire, mais tant que l'on n'a pas vu le documentaire de Michael Wadleigh, on ne peut s'en rendre compte. Tant qu'on a pas vu ces milliers de jeunes venus des 4
coins du pays en minibus camper dans la boue, se baigner seins nus dans l'eau des lacs pour pallier l'absence de sanitaire, pratiquer le yoga comme discipline anti-drogue promettant
l'atteinte du nirvana, ou improviser une fanfare à l'aide de boîtes de conserve alors que la pluie a mis temporairement HS l'équipement sonore... Tant qu'on a pas vu ces 3h35 de film, on ne
peut vraiment imaginer l'ampleur et la réalité de ce mouvement.
Les interviews purement hallucinantes s'enchaînent : celle de ce couple "libre" à qui l'on donnerait à peine 17 ans,
ayant choisi de vivre dans une "communauté", et qui face à l'incompréhension de leurs parents hausse des épaules avec résignation ; celle de cette fille au visage rêveur n'ayant pas dormi depuis
3 jours, expliquant avec bonheur avoir perdu dans le public sa soeur, soeur droguée à la mescaline ayant rendez-vous le lendemain au tribunal (pour on ne sait quoi), à l'autre bout du pays en
Californie, et qui de toute évidence ne pourra assister à l'audience ; celle des organisateurs qui s'enthousiasment de ce qu'ils ont réussi à créer, tout en affirmant béatement que le festival
est un vrai désastre financier, aucun grillage n'ayant réussi à retenir la foule de jeunes venus sans billet ; celle de la population et des flics locaux faisant l'éloge du pacifisme et de la
gentillesse de ces jeunes ("very nice kids... very peaceful") alors qu'ils s'attendaient à des émeutes et des vols...
Le documentaire, ce sont aussi les coulisses de l'organisation ; c'est cet orage impressionnant qui s'abat sur le
festival et fait vaciller les échafaudages sous un ciel devenu noir ; ce sont ces annonces micro annonçant à un futur père que sa femme est en train d'accoucher quelque part , ou que la drogue
qui circule est de mauvaise qualité ; ce sont ces petits anges blonds cul nu courant et jouant sur la scène, ces files d'attente aux cabines téléphoniques pour rassurer papa et maman, ces routes
bloquées par les embouteillages, et la soupe populaire que l'on distribue pour compenser la pénurie de nourriture au village... Tout ça est mis bout à bout avec un regard décalé et tendre, grande
réussite de l'équipe de montage (dans laquelle figure d'ailleurs, et oui, le célèbre Martin Scorcese).
Pour finir, faut-il encore citer les prestations musicales qui ont fait le succès de ce festival ? Parmi les
plus impressionnantes, à visionner et revoir :
... Santana et le solo de 6 min à la batterie de Michael Shieves (20 ans au moment des faits, reconnu
coupable de talent prodigieux)
... La reprise de With a little help from my friends
par Joe Cocker... un Joe Cocker en chemise Tie & Dye, aux cheveux longs et aux pattes de loup-garou.
... La très belle chanteuse aux yeux si bleu de Jefferson Airplane (Grace Slick, ci-dessus en photo,
aussi gracieuse que son prénom dans le dictionnaire)
... L'interprétation émouvante du negro spiritual Sweet
Low, Sweet Chariot par Joan Baez (dont le mari vient tout juste d'être arrêté pour manifestation contre la guerre du Vietnam)
... L'hymne américain façon Jimmy Hendrix ...
Woodstock, un documentaire musical de Michael Wadleigh, 1970 - 3h35
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